Liège-Décroissance

Julian Assange

Libre, enfin Le 25 juin 2024

Julian Assange est libre. Après douze années de privation de liberté – d’abord à l’ambassade d’Équateur à Londres, ensuite dans une prison britannique – au motif que le média WikiLeaks avait révélé au public des informations vraies beaucoup plus significatives que les ragots qu’on lit habituellement dans la presse. Il y était question d’espionnage et de crimes de guerre dont les coupables n’étaient pas de méchants « régimes illibéraux » mais la jolie démocratie américaine et les alliés qu’elle avait embarqués avec elle dans l’invasion et la destruction de l’Irak. Or « le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté. On lui coupe la langue, on le dit fou à lier », comme dit la chanson. Assange a donc connu toutes sortes d’accusations, souvent farfelues, destinées à le maintenir détenu.

Pourquoi l’administration de M. Joseph Biden consent-elle enfin à renoncer aux poursuites pour espionnage engagées par celle de son prédécesseur, M. Donald Trump ? On peut imaginer que la dénonciation américaine, entièrement justifiée au demeurant, de l’incarcération d’un journaliste du Wall Street Journal Evan Gershkovich, accusé d’espionnage par Moscou et bientôt jugé, souffrait de la persécution diligentée par la Maison Blanche contre Assange. L’Australie, dont le rôle stratégique va croissant à mesure que les relations sino-américaines se détériorent, était également solidaire de son compatriote. Désormais libre, Assange nous dira sans doute de quoi il retourne. Et ce qu’il pense des journalistes occidentaux qui se sont nourris des informations de WikiLeaks avant de le diffamer pour mieux se désintéresser de son sort.

Source : Le Monde diplomatique (Telex, le 25 juin 2024).

Une valse hypocrite autour de Julian Assange Le 2 mars 2024

Alors que le journaliste attend d’être fixé sur son sort, il faut contrer un nombre important de commentaires et d’informations erronés ou fallacieux.
Publié le 2 mars 2024 sur La Libre (opinion)
Par Marc Molitor, ancien journaliste, du Comité Free Assange Belgium et de Belgium4assange

Si la couverture médiatique des dernières audiences à Londres dans le procès en extradition de Julian Assange a, dans l’ensemble, été correcte, elle a cependant donné lieu, à nouveau, à un nombre important de commentaires et d’informations erronés ou fallacieux.

En effet, avant un rappel souvent timide de la nécessité de préserver la liberté d’expression, d’informer et le droit d’être informé, plusieurs chroniqueurs et journalistes, en Belgique, France et ailleurs, persistent à évoquer la personnalité jugée « controversée » d’Assange – sans préciser par qui elle est controversée –, ou à rappeler des affaires passées ou scandales qui auraient « terni son image ». Ils omettent cependant de préciser d’une part que ces « affaires » n’ont rien à voir avec le dossier au cœur du procès en extradition, et, d’autre part, que l’on sait désormais qu’il s’agit de manipulations de l’information, voire d’informations fausses, destinées à détruire ou salir Julian Assange.

Il est lassant de devoir sans cesse remettre les choses au point, de devoir au coup par coup rétorquer à des affirmations sans fondement par une réponse argumentée et documentée, mais qui souvent peine à faire évoluer l’image que construisent d’Assange ces commentateurs, par ignorance du dossier ou pour d’autres raisons que nous ignorons, sans doute moins avouables. Le mal est fait.

Non, Julian Assange n’est pas un lanceur d’alerte. Il était l’éditeur du site Wikileaks, un média d’information d’ailleurs reconnu comme tel y compris par un tribunal américain. Il est aussi un journaliste, doté des reconnaissances de l’association australienne des médias et de la fédération internationale de journalistes. Enfin, lui et Wikileaks ont reçu de nombreux prix de journalisme. Il n’est pas lanceur d’alerte, Wikileaks était le diffuseur des documents confiés par des lanceurs d’alerte. Les chroniqueurs qui dénient à Assange la qualité de journaliste contribuent en réalité, volens nolens, à diffuser le raisonnement fallacieux des États-Unis, qui se fonde précisément sur cet argument pour ne pas lui accorder la protection reconnue aux journalistes.

Manipulations établies

Non, Julian Assange n’a jamais été accusé, poursuivi ou condamné pour agression sexuelle et ou viol en Suède. Si un dossier a bien été ouvert en 2010, il a été refermé plus tard sans aucune suite ni preuve, et le laisser sciemment ouvert et le prolonger sans raison fut un des outils de la persécution d’Assange. Les manipulations dans ce dossier sont établies, notamment par Nils Melzer, le rapporteur spécial des Nations Unies pour la torture et les mauvais traitements, auteur d’un livre dont nous ne pouvons que conseiller la lecture (1).

Non Julian Assange et Wikileaks n’ont pas voulu ou entraîné la victoire de Donald Trump en 2016. La publication, à l’été 2016, d’emails de la campagne d’Hillary Clinton – tous rigoureusement authentiques – n’a sans doute pas servi la candidate démocrate, dont un visage peu reluisant était révélé. Mais quels électeurs ne voudraient pas être informés avec rigueur des positions de candidats à une élection ? En tout état de cause, Hillary Clinton était déjà fort dévalorisée par le scandale de sa messagerie privée – d’autres emails souvent confondus avec les précédents par les observateurs, alors que Wikileaks n’a rien à voir avec cette affaire.

Aucune preuve

Non, Julian Assange n’est pas proche des Russes ou de Vladimir Poutine. Cette soi-disant proximité avec la Russie est une fable, un chapitre du récit fabriqué par Hillary Clinton et son équipe pour expliquer leur défaite (le « Russiagate », gonflé par de nombreux médias américains qui ont fait machine arrière depuis). Aucune étude n’est d’ailleurs venue corroborer cette thèse. Hillary Clinton avait 3 millions de voix d’avance sur Trump, et c’est avant tout le système électoral américain qui a joué en sa défaveur : elle a perdu dans quelques États où les démocrates avaient fort déçu.

Non Julian Assange n’est pas un hacker qui aurait piraté les ordinateurs – du Pentagone, du Département d’Etat, du parti démocrate ou autre – d’où Wikileaks tirait les documents diffusés. Le fonctionnement de Wikileaks le proscrivait d’ailleurs formellement.

Non, la publication des carnets de guerre afghans et irakiens par Julian Assange et WikiLeaks n’a pas entraîné de dommages physiques pour des personnes. Les États-Unis n’ont jamais produit aucune preuve à cet égard. Les journalistes témoins cités au procès, qui ont participé à la préparation des publications, ont attesté des efforts énormes d’Assange pour purger les documents d’informations « délicates » en termes de sécurité des personnes.

Oui, les câbles de la diplomatie américaine ont été publiés sans purge. Mais… c’était parce qu’une très grave imprudence de journalistes du Guardian avait ouvert l’accès à ces documents à d’autres médias qui, malgré des appels d’Assange à ne pas le faire, les avaient publiés avant que Wikileaks ait fini de les purger. Une partie de ces rapports avaient en réalité déjà été publiés, purgés, en collaboration avec d’autres médias. Prévenues du problème, les autorités américaines ont rejeté les propositions de collaboration d’Assange pour une purge complète du reste des câbles. Dans l’urgence, Julian Assange et WikiLeaks ont décidé de publier eux-mêmes les documents en l’état afin d’alerter d’éventuelles personnes mises en difficulté par ces informations.

Stupéfaction

Non, Julian Assange n’a jamais révélé ses sources. Chelsea Manning a été démasquée via un informateur du FBI avec qui elle était entrée en correspondance sur un forum internet.

Enfin, nous ne cacherons pas aussi notre stupéfaction d’avoir entendu une avocate pénaliste, chroniqueuse occasionnelle, invoquer les « garanties de bon traitement carcéral et de suivi psychologique » d’Assange dans les prisons américaines vers lesquelles il risque d’être extradé. Non seulement de telles garanties arbitraires et grotesques ont été pulvérisées par les critiques de nombreuses ONG spécialisées, mais en outre nous ne voyons pas pourquoi Assange devrait passer ne fût-ce qu’un seul jour dans une prison américaine, et même dans une prison tout court, après avoir déjà été injustement privé de liberté depuis plus de douze ans !

Ce double langage de certains chroniqueurs et journalistes – « on préférerait qu’il ne soit pas extradé mais on ne l’aime quand même pas » – demeure difficile à comprendre. Non seulement les raisons de cette hostilité sont infondées mais elle affaiblit le rassemblement urgent et indispensable autour de l’objectif fondamental pour tous les journalistes : empêcher absolument l’extradition d’Assange. Car demain, c’est chacun d’entre eux/elles dont l’extradition pourra être exigée par les États-Unis pour avoir publié des informations qui leur déplaisent.

(1) Nils Melzer, « L’affaire Assange – Histoire d’une persécution politique », Ed. Critiques, 2022.

Collateral Murder, vers le journalisme scientifique Le 8 avril 2024

Par Marie-France Deprez (Investig'Action)

Depuis le 11 avril 2019, Julian Assange, journaliste australien et fondateur de WikiLeaks est incarcéré à la prison de Belmarsh près de Londres. La raison pour laquelle ce journaliste, arbitrairement privé de liberté, se trouve à l’isolement complet depuis des années dans un quartier de haute sécurité est que les États-Unis n’acceptent pas que la population soit informée de leurs crimes de guerre.

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Pétitions

Plusieurs pétitions à signer sur www.freeassangebelgium.be